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Parlons un peu de dépression en Afrique

Posté par: Aminata Diop| Lundi 15 octobre, 2012 17:19  | Consulté 8067 fois  |  14 Réactions  |   

En été 2011, le Huffington Post a publié un article sur une étude qui démontrait que la dépression était une maladie d’affluence (une qui affecte principalement les citoyens des pays riches) et que les taux les plus élevés de dépression étaient dans les pays occidentaux. Se pourrait-il que les taux de la maladie soient plus faibles dans les pays qui ne la perçoivent pas en tant que telle et donc ne la déclarent pas? Cela est souvent le cas dans la plupart des communautés africaines, où la dépression est souvent associée à une sorte de tristesse temporaire, même si la maladie constitue un problème réel que l’on se doit d’aborder une fois pour toute. Reconnaître les symptômes de la dépression et discuter des raisons pour lesquelles les sociétés africaines répriment cette condition serviraient à susciter un débat pouvant encourager les victimes de la dépression en Afrique à prendre parole.

Selon l’Institut national américain de la santé mentale, les symptômes de la dépression comprennent:

1.      La difficulté à se concentrer, se souvenir des détails, et prendre des décisions

2.      La fatigue et une énergie diminuée

3.      Les sentiments de culpabilité, de dévalorisation, et/ou d'impuissance

4.      Sentiments de désespoir et/ou de pessimisme

5.      L’insomnie, le sommeil excessif

6.      L’irritabilité, la nervosité

7.      La perte d'intérêt pour des activités ou des passe-temps agréables

8.      La perte d'appétit ou l’hyperphagie

9.      Les douleurs persistantes ou douleurs comme des maux de tête, des crampes ou des problèmes digestifs qui ne se soignent pas même avec un traitement

10.  Des sentiments de tristesse, d’anxiété, ou de « vide » qui ne s’en vont jamais

11.  Des pensées suicidaires, des tentatives de suicide

Jonathan Franzen, auteur de The Corrections et How to Be Alone, regroupe le tout en un grand symptôme, une sorte de «réalisme» ou prise de conscience de la vie, qu’il croit masquer l’essence même de la dépression. Voici sa définition plus ou moins redoutable mais véridique de cette maladie:

«La dépression se présente comme un réalisme quant à la pourriture du monde en général et la pourriture de votre vie en particulier. Mais ce réalisme n’est qu’un masque de l’essence-même de la dépression, qui est un sentiment d’éloignement accablant vis-à-vis de l’humanité. Plus vous vous persuadez du fait que vous avez un accès unique a cette “pourriture”, plus vous avez peur de vous livrer au monde; et le moins vous vous livrez au monde, plus l’humanité semble tout à fait heureuse de continuer à se livrer à ce dernier ».

Cette dernière partie dont Franzen parle, où le monde semble s’en foutre royalement de vos états d’âme, est ce qui motive la plupart des gens en Afrique à penser que la dépression est égale à la folie. Qui va chez le médecin pour lui dire “Salut, je suis perpétuellement triste. Soigne-moi” en Afrique ? Personne. Dans la plupart des pays africains qui ne sont pas en proie à la famine et à la guerre et sont en général politiquement stables, la tradition encourage la joie et le contentement.

Mais ce n’est pas une mauvaise chose, n’est-ce-pas? C’est excellent d’avoir une vision optimiste de la vie. Et pour être tout à fait honnête, dans beaucoup de ces pays africains où la dépression existe, il y a toujours un sens de communauté et la famille autour de vous qui font de leur mieux pour que vous repreniez le dessus. Le problème, c’est que si vous n’y arrivez pas immédiatement, si votre réalisme prend de l’ampleur et que rien ne puisse vous consoler, vous êtes perçu comme étant «ingrat» ou carrément «fou»; ingrat envers Dieu (les Africains sont croyants et pratiquants en général, avec une majorité de musulmans et de chrétiens, un petit nombre de Juifs, et d’autres religions traditionnelles), et «fou» parce que la culture exige presque que vous soyez heureux.

En ce qui concerne les religions abrahamiques, elles abordent chacune la dépression dans leurs livres. En outre, elles ne qualifient pas celle-ci de péché, et même offrent des paroles de réconfort aux souffrants. Exemples:

1. ISLAM:

- «Il y a dans le corps un organe qui – s’il est en bonne santé – maintient le corps tout entier en bonne santé ; s’il est malade, le corps tout entier devient malade. Cet organe, c’est le cœur. ” [Hadith, Bukhari]

- «A côté de la difficulté est, certes, une facilité!.” [Sourate de l’Ouverture 5-6]

2. CHRISTIANISME:

- “Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit, pendant que les gens disent de moi toute la journée,” Où est ton Dieu ?”[Psaume 42:3-4]

- “… C’est l’Éternel qui marche devant vous. Il sera avec vous, il ne vous laissera ni ne vous abandonnera. Ne craignez rien et ne vous effrayez point. “[Deutéronome 31:8]

Quand il s’agit de religions pratiquées en Afrique, il est important que leurs représentants rappellent à leurs disciples et aux croyants que c’est normal de se sentir triste ou désespéré des fois.

L’idée que la dépression est égale à la folie doit aussi être réévaluée. Même s’il est vrai que les psychiatres existent pour contrôler les victimes de folie dans les asiles, ils ne sont pas exclusivement là pour ça. La dépression peut être guérie si elle est détectée suffisamment tôt. Elle n’est ni un effet secondaire, ni un symptôme, ni un synonyme de la folie. Beaucoup de gens possédant foi, logique et talent extraordinaires ont succombé à la dépression. C’est dire que votre volonté peut-être la plus grande, votre croyance en un Être suprême ancrée dans votre cœur pour toujours, votre argent capable d’acheter les meilleurs soins beauté et amplificateurs d’estime de soi venant d’Hollywood, et votre niveau intellectuel digne d’une bourse de MacArthur, mais vous pourriez, comme ça, pour aucune raison, devenir déprimé.

En conclusion, telles sont les causes principales que j’ai trouvé empêchant les gens en Afrique de parler de leur dépression. Sont-elles assez exhaustives ou pensez-vous que nous pourrions en ajouter d’autres à la liste? Quelles solutions proposez-vous? Contactez-moi ou mieux, entamez une discussion ci-dessous si vous connaissez d’autres facteurs contribuant aux faibles taux de dépression dans les pays africains.

 L'auteur  Aminata Diop
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Commentaires: (14)
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Psy En Octobre, 2012 (08:31 AM) 0 FansN°:1
La dépression a toujours existée en Afrique. Seulement, l'expression des symptômes peu être un peu différente. Les premiers psychiatres ayant exercé en Afrique comme Colomb ou Moussa Diop on décrit le masque africain de la dépression. Ce sont surtout des douleurs portant sur l'ensemble du corps dont se plaint le déprimé. Il peut aussi exprimer être persécuté par son entourage ou parfois même être sujet à des hallucinations. Ceci diffère du tableau type que vous avez rapporté et qui se voit en occident.
Anonyme En Octobre, 2012 (08:56 AM) 0 FansN°:2
peut on confondre la depression et le stress
Guintewalima En Octobre, 2012 (08:56 AM) 0 FansN°:3
A ces symptômes je rajouterais que la tristesse permanente s'accompagne d'un profond sentiment de solitude!on a très souvent envie de pleurer également sans vraiment savoir pourquoi!envie de se faire du mal physiquement pour arrêter la souffrance émotionnelle!j'ai lu pas mal de livres de développement personnel(ils ne m'ont aider que temporairement)avant de me rendre compte que ce qui m'arrive est une pathologie et donc ne se soigne pas avec des mots!il faut consulter
Un libre penseur En Octobre, 2012 (09:54 AM) 0 FansN°:4
je faisais quelques recherches sur la question hier seulement!Il me semble que le sentiment ou l'appréciation est le même partout, sauf si Monsieur le rédacteur de l'article, que je félicite au passage, veut bien citer ses sources. J'avais fait un tour sur google!
L'on s'accorde tous sur le fait que c'est "impalpable" dans sa manifestation, on ne peut pas le matérialiser, ou du moins, le sentiment qu'on éprouve. Cependant, ce que l'on perçoit de l'extérieur peut bien être qualifié: tristesse, isolation, mépris de soi-même et des autres, envie de disparaître, bref, toute chose qui vous coupe du monde, et vous couperait volontiers de vous-même sauf que, comme le dit Bob Marley "...you can't run away from yourself!" je crois qu'à la base, il y a une "blessure" que l'on traîne et une impuissance face à cette blessure et sa/ses causes qui empire ce sentiment et donne au sujet un sentiment d'être désarmé. Se sentant LAS de lutter, il préfère abandonner souvent par l'envie ou le suicide même qui permet d'échapper à son moi qui n'est plus un idéal qui nous pousse à aller de l'avant mais nous enfonce, nous accuse. Face à cela, la prière me semble un soutien de taille pour se repositionner face à ce qu'on est véritablement, devant Dieu. La communication pourrait également servir de moyen d'évacuer cette dépression, en espérant qu'elle ne soit pas tardive. Pour remonter sa pente, on aura besoin de tout son esprit, puisqu'en définitive, l'on se...
Un libre penseur En Octobre, 2012 (09:54 AM) 0 FansN°:5
je faisais quelques recherches sur la question hier seulement!Il me semble que le sentiment ou l'appréciation est le même partout, sauf si Monsieur le rédacteur de l'article, que je félicite au passage, veut bien citer ses sources. J'avais fait un tour sur google!
L'on s'accorde tous sur le fait que c'est "impalpable" dans sa manifestation, on ne peut pas le matérialiser, ou du moins, le sentiment qu'on éprouve. Cependant, ce que l'on perçoit de l'extérieur peut bien être qualifié: tristesse, isolation, mépris de soi-même et des autres, envie de disparaître, bref, toute chose qui vous coupe du monde, et vous couperait volontiers de vous-même sauf que, comme le dit Bob Marley "...you can't run away from yourself!" je crois qu'à la base, il y a une "blessure" que l'on traîne et une impuissance face à cette blessure et sa/ses causes qui empire ce sentiment et donne au sujet un sentiment d'être désarmé. Se sentant LAS de lutter, il préfère abandonner souvent par l'envie ou le suicide même qui permet d'échapper à son moi qui n'est plus un idéal qui nous pousse à aller de l'avant mais nous enfonce, nous accuse. Face à cela, la prière me semble un soutien de taille pour se repositionner face à ce qu'on est véritablement, devant Dieu. La communication pourrait également servir de moyen d'évacuer cette dépression, en espérant qu'elle ne soit pas tardive. Pour remonter sa pente, on aura besoin de tout son esprit, puisqu'en définitive, l'on se...
Un libre penseur (suite et fin En Octobre, 2012 (11:03 AM) 0 FansN°:6
l'on se rendra compte qu'on n'est pas aussi fou qu'on le croit, mais qu'on s'est laissé abattre par des épreuves!courage à tous ceux qui vivent de pareilles douleurs! Il faut garder espoir qu'aussi longue soit la nuit, il arrive toujours un moment où le soleil se lève! Il faut aussi croire que beaucoup de dépressifs, cachent des incompris. Prendre le temps d'écouter les autres, vous contribuerez moins à la dépression des autres...bonne journée.un libre penseur.
Anonyme En Octobre, 2012 (11:21 AM) 0 FansN°:7
Pour appréhender un phénomène social de cette nature, on ne peut pas se contenter d'allusions et de constat superficiels..les données statistiques des services de santé publique dans les différents pays sont la première ressources qui nous permet d'avoir une cartographie de la pathologie..Par ailleurs, il n'existe pas une Afrique, il y a des afriques, des sociétés disparates avec des manière de voir le monde qui sont parfois totalement différentes...Les motifs qui poussent un Serere ou un Peul à mettre fin à ses jours sont perçus comme ridicule par un Lébou ainsi de suite...La dépression peut avoir des raisons sociales comme physiologiques...Alons un peu de methodologie dans vos approches !
Aminata Diop En Octobre, 2012 (15:27 PM)0 FansN°: 382613
Bonjour "Anonyme",

Ceci est un blog, pas un centre de recherches scientifiques. Un article simple, disons un op-ed, je ne suis ni docteur, ni depressive, donc evidemment c'est pas l'oeuvre d'une experte. l'article se presente plutot comme un pretexte pour ouvrir un debat et pour que les depressifs puissent parler etc. Je sais tres bien que l'Afrique a une multitude de cultures, cela n'empeche qu'on partage la majeur partie de nos us et coutumes (cf. CAD), mais je vous invite a nous faire part de votre expertise sur chaque tribu en Afrique et leur perception de la depression nerveuse, ce serait excellent d'avoir plus de details sur la condition, envoyez une these par exemple. Merci et bonne journee!
Dialma santos En Octobre, 2012 (08:38 AM) 0 FansN°:8
l'homme est le remède de l'homme ,l'homme est un animal social etc le climat et la végétation aussi favorisent l'epanouissement cqfd
Besoindaide En Octobre, 2013 (12:54 PM) 0 FansN°:9
Bonjour je faisais un tour sur le web pour bénéficier une assistance gratuite en ligne ( car les psys sont rares au sénégal et pour la plupart du temps chers.) Je voudrais juste vous dire que j'ai besoin d'une aide psychologique je vais vraiment mal. Je perd goût à la vie alors que je n'ai que 23 ans. SVP si quelqu'un peut m'aider à simplement discuter et rien d'autres.

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Aminata Diop
Blog crée le 21/09/2012 Visité 172678 fois 11 Articles 3555 Commentaires 4 Abonnés

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